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Frédéric Bulot: “J’appartient toujours au Stade de Reims, mais je ne travaille plus avec eux par leurs intérêts.”

Football News a eu le plaisir d’accueillir l’international Gabonais Frédéric Bulot pour parler notamment de sa situation particulière à Reims cette saison dans une vaste interview exclusif.

 

Quand vous étiez très jeune, vous avez joué à Châteauroux et à Tours, avant d’aller à Monaco pendant cinq ans entre 2005 et 2010 pour vous former. On voit également que plusieurs grands joueurs aujourd’hui sont passés par ce même centre de formation monégasque comme Layvin Kurzawa, Kyllian M’Bappé, Yannick Ferreira-Carrasco et Stéphane Ruffier, ou même des anciens joueurs comme Thierry Henry, Lilian Thuram ou autre. Le centre de formation monégasque figure aujourd’hui parmi les meilleurs en Europe, donc, quand on est jeune et que l’on reçoit une offre d’un club comme Monaco, qu’est-ce qui passe par la tête d’un jeune joueur ?

Déjà, le prestige du club. L’environnement et la sécurité aussi parce-que la ville de Monaco est très sécurisée. C’est une assurance pour les parents et pour les enfants d’être dans un bon cadre de vie et d’être bien-suivi.

Quand on est jeune en France et qu’on part dans un centre de formation, déjà il y a les parents qui s’inquiètent à cause de la distance entre eux et l’enfant. C’est une grande étape de la vie, vu que c’est à ce moment qu’on choisi son métier finalement.

J’ai été habitué à être un peu loin de ma famille, dès le départ. On commence déjà en sixième à parler sport-études. J’ai été en sport-études à Tours, jusqu’en cinquième, et ensuite j’ai été à Châteauroux, donc je ne rentrais que le weekend à la maison pour jouer mes matchs avec Tours justement. C’est une habitude qu’on a et qu’on prend quand on est petit. À Monaco, on est déjà un peu formé par rapport à la distance et au manque des parents, et ça ne m’a pas posé de problème. Par contre, ce n’est pas donné à tout le monde. Il y a certains qui ont plus de difficultés et qui ont besoin d’avoir leurs parents près d’eux, et qui passent à côté de leurs formations parce-qu’ils ont un pied dedans, mais l’autre qui est toujours à l’extérieur. Ça doit aussi jouer dans la façon d’être et le bien être du joueur.

Y a-t-il quelque chose de différent à Monaco, que se soit dans les installations, l’ambiance de groupe, un projet sportif etc. Qu’est-ce qui semble attirer les jeunes au club ? Ou qu’est-ce qui vous a parlé en décidant d’aller au club?

Je devais peut-être avoir 14 propositions avant de signer à Monaco. J’ai visité Rennes, et Monaco avant de m’arrêter là. Rennes, qui était quand même le meilleur centre de formation en France à l’époque, suivi de Monaco ou Lyon sûrement.

Franchement, dès que tu visites les installations, t’es déjà dans un autre monde. Quand tu pars de Paris en avion, et que t’arrives en Côte d’Azur, il n’y a plus d’arbres mais plutôt des palmiers. Il n’y a plus de voitures banales, mais des voitures de luxe. Il y a une sécurité incroyable avec des caméras partout dans la ville, et quand t’es avec tes parents forcément ça assure dans le sens où il y a une sécurité optimale. C’est une principauté, et en plus t’as le temps qui va avec. Je suis africain, et le temps ça joue forcément sur mon mentale, et mon bien-être ! C’est vraiment un autre monde.

Monaco fait une grande saison et figure parmi les meilleurs clubs européens cette saison, et a récemment battu Manchester City en Ligue des Champions. Où voyez-vous votre club formateur terminer la saison?

Honnêtement, je les vois en finale, déjà parce-que si tu regardes l’effectif au niveau du budget –ce n’est pas le budget des très grandes équipes comme le Barca ou autres. Mais par rapport a la qualité des jeunes, c’est tous des jeunes qui sont amenés a être plus haut dans des plus grands clubs. C’est des jeunes qui ont une valeur marchande que les grands clubs aimeraient avoir, et qui ont aussi une longue marge de progression. A l’image des joueurs comme Rothen ou Giuly – avant que j’aille a Monaco – les joueurs de cette génération ont étés dans des clubs plus huppés. Ils n’ont rien volé pour aller en finale, c’était juste des bons joueurs qui jouaient à Monaco, mais qui avaient une valeur marchande, ou un niveau supérieur au club de Monaco, et c’est ce que je vois cette année. Ça ferait également du bien au foot français. On espère qu’ils vont la gagner, le foot français en a besoin!

En Ligue 1?

Ils peuvent être champion aussi ! C’est surtout par rapport à Paris, qui au niveau du budget, survole le championnat. Donc, ça serait un plus grand échec du côté parisien s’ils n’obtiennent pas la première place. Chaque année c’est comme ça. Monaco a aussi des moyens importants, mais qui ne sont pas ceux de Paris, et n’ont également pas les stars de Paris, au niveau de la qualité des joueurs et de leurs vécus. Il y a beaucoup de jeunes qui viennent tout juste de débuter en professionnel, et ce sont ces gens qui ont mis Monaco à la tête du championnat, et qui font des résultats en ligue des champions. Bien sûr, l’encadrement des anciens joue aussi. Malgré les moyens inférieurs à ceux de Paris, Monaco a tout le mérite de rester à leur place, et de continuer de cette manière parce-qu’ils ils ont une plus grande marge de progression.

Vous avez joué 8 matches en pro à Monaco avant d’être transféré à Caen où on vous a fait plus confiance, et on vous a donné plus de temps de jeu. En terme de statistiques, vous avez eu votre meilleure saison, avant d’être transféré à Liège. Vous avez également été en prêt à Charlton avant de retourner à Reims. Ça a parfois été agité et tumultueux, mais vous avez eu la chance de découvrir d’autres pays. Qu’est-ce que le fait d’avoir joué à l’étranger vous a apporté ?

Forcément, plus d’expérience. Une vision des choses au sein même d’un pays. Par exemple, je ne voulais pas nécessairement aller en Angleterre, et pourtant, en allant à Charlton, ça a été une des plus belles années de ma carrière professionnelle. On se pose quand même des questions et on a une vision des choses au sein d’un club ou d’un pays et son championnat – mais ça a changé beaucoup de choses sur le plan footballistique et personnel.

C’est intéressant sachant que quand on pense à l’Angleterre, c’est quand même une destination populaire sachant qu’il y a des championnats compétitives, ainsi qu’une manne financière supérieure à celle de la ligue 1.

Attention, en Championship aussi, elle est supérieure financièrement!

On entend certains journalistes dire que c’est qu’en quittant la ligue 1 qu’on est confronté à l’exigence. Ayant eu l’occasion de passer dans deux autres grands pays de football, est-ce que vous pensez que vos passages ont globalement demandé plus ? Est-ce que le fait de découvrir d’autres championnats vous a aidé à passer un cap?

Pas du tout. En fait, la France est un des pays qui forme le mieux les jeunes vu que tous les jeunes vont dans des grands clubs quand ils sont amenés à partir. Le problème est surtout lié au fait que les investissements que proposent les grandes écuries, comme les Anglais, permettent aux joueurs de partir. Financièrement, la France n’arrive pas à garder les jeunes. À cause de leur qualité, ils sont tous amenés à partir. Quand je suis parti à l’étranger, j’avais des bases techniques, mais j’ai appris davantage sur le terrain. C’est certaines choses comme les exigences des supporters qui n’étaient pas les mêmes qu’en France. Quand je suis venu à Monaco, les supporters étaient cools. À Caen, ils l’étaient aussi.

Quand tu vas au Standard de Liège en Belgique, il y a également des exigences très importantes et une passion du football, qui sont comparables à celles de Marseille par exemple. Je n’ai pas eu cette expérience là, avant d’aller dans des grands clubs à l’étranger, pour pouvoir (étant jeune) gérer ce genre d’émotions. C’est ce qu’il m’a manqué dans mon début à l’étranger. Pas au niveau de la qualité, des bases techniques ou de la formation, mais plus les exigences que demandent les grands clubs à l’étranger.

Est-ce que c’est uniquement par rapport aux supporters?

Pas seulement, je dis ça parce-que c’est eux qui donne l’âme au club. Mais aussi par rapport à l’exigence d’un grand club et au changement de mentalité. Il y a des clubs comme Saint-Etienne, Lens ou Marseille qui sont également similaires, mais après c’est aussi parce-qu’il y a des supporters qui donnent leurs vies à ça.

Est-ce que ça vous a apporté quelque chose en dehors du terrain ? Une nouvelle expérience culturelle? Nouvelle mode de vie?

Oui, ça te fait grandir de toute façon, et tu vois des choses différentes. Tu deviens un homme. T’as des responsabilités, tu gères mieux la pression sur et en dehors du terrain. Tu te remets en questions, et tu t’en poses également. Ça change toute une façon de vivre, et on a aussi une nouvelle hygiène de vie. T’avances, et tu grandis. Tu commences à tirer des leçons des choses difficiles. Et tu deviens la personne que tu es aujourd’hui par rapport à tout ça.

La langue a peut-être été difficile à apprendre en Angleterre?

(Rigolant) C’est un problème dans l’éducation française. On apprend l’anglais, mais ce n’est pas comme dans les autres pays où les gens parlent l’anglais comme deuxième langue mais vraiment couramment. Ce n’est pas une langue difficile et le fait d’être à l’aise avec mes partenaires m’a aidé.

Ce n’est peut-être pas évident pour certains quand ils ne sont pas immergés dedans.

C’est sûr. Il faut continuer ses études, mais j’ai commencé en professionnel à 16 ans, et j’étais dans le groupe pro donc je m’entrainais. Quand le football commence tôt, à la décharge de beaucoup de jeunes, l’école est difficile à suivre, surtout quand t’es international et que tu pars pendant des périodes de 2 semaines, voire un mois. Tu ne peux pas faire les deux au même temps à fond.

Actuellement vous êtes à Reims qu’est troisième en ligue 2. Vous n’avez pas joué cette saison, mais est-ce que vous pensez que Reims peut revenir en Ligue 1?

Les joueurs ont les capacités pour revenir, et le groupe est supérieur à plusieurs équipes de Ligue 2. C’est juste une cohésion qu’il faut avoir entre les joueurs, le groupe, la direction, vu que tout est lié. On a tous le même objectif de monter. S’il y a un désordre, peu importe le secteur (staff technique, joueur etc.), ça ne peut pas fonctionner. C’est comme avec Monaco, quand ils sont descendus, ils avaient un effectif qu’était au dessus, mais ils ne sont pas montés directement.

Reims a aussi l’expérience de la ligue 1 sachant qu’ils y étaient pendant quelques saisons avant de descendre.

Il y avait aussi la gestion de plusieurs choses. Il y a eu des joueurs importants qui sont partis pendant le dernier mercato. Tandis que, pendant ce mercato, on a pu garder plus ou moins tout le monde, à part ceux qui ne jouaient plus vraiment. À mon sens, c’est la meilleure équipe de Ligue 2. Et chaque joueur a des choses en tête ; mais est-ce que chaque joueur a le même projet de monter avec Reims ? Ça peut vraiment apporter ! Il y a certains joueurs qui sont en fin de contrat avec Reims dans l’effectif et qui n’ont pas de problèmes avec la montée ou le fait de rester en Ligue 2, vu que ça ne changera rien pour eux. Certains joueurs ont deux ans de contrat, et il faut absolument qu’ils montent en Ligue 2.

En fait, dans le foot, c’est un sport collectif, mais où on pense beaucoup à l’individuel. C’est pour ça que la direction est importante. Elle a un rôle important pour essayer de garder le groupe sain et de garder le même objectif. S’il y a du désordre, chacun va penser à ses intérêts personnels, pas aux intérêts du club. On doit aussi garder les joueurs dans la même moule. C’est aussi pour ça que les grands clubs gagnent plusieurs titres et sont toujours au-dessus. C’est un tout. Les joueurs ont un état d’esprit qui est représenté par les valeurs du club.

Ça arrive peut-être aux supporters d’oublier tout ça ?

Il y a vivre le foot, c’est à dire “être proche du terrain, des joueurs, du coach etc. et savoir ce qui se passe”. Mais il y a aussi être supporter ou téléspectateur. Ça voudrait juste dire que tu vois les joueurs courir, mais que tu ne vois pas ce qu’ils font pendant la semaine. Tu vois les résultats, bons ou mauvais, mais tu ne sais pas à qui ou quoi c’est dû. On critique les personnes qu’on voit au moment même où ça se passe. Tout est lié en fait. Les gens que tu ne vois pas sont aussi responsables de ce qui se passe. Mais que ce soit pour le bien ou pour le mauvais.

J’ai connu des scénarios où les coachs et les joueurs étaient visés. Mais quand les coachs sont visés, les joueurs savent très bien que c’est une responsabilité collective, pas uniquement celle du coach. C’est là où c’est important d’avoir un groupe qu’est solidaire, et qui sait si les choses se passent en bien ou en mal. Il faut parfois prendre sa part de responsabilité, et il ne faut pas chercher à incriminer les autres.

Vous avez gravi les échelons de l’équipe de France espoirs, avant d’opter pour la sélection gabonaise en 2014. Depuis 2014, on parle plus du Gabon sachant qu’il y a des joueurs tels que Pierre-Emerick Aubameyang, Mario Lemina ou Didier N’Dong, parmi d’autre. Il y a également eu l’arrivée d’un grand entraîneur, Jose Antonio Camacho.

Bien sûr, le Gabon était le pays organisateur de la CAN. Le Gabon a enchaîné trois matchs nuls face au Burkina Faso, Cameroun et à la Guinée-Bissau. Vous n’avez pas joué pendant cette dernière CAN, mais vous avez suivi les exploits de votre équipe qui s’est faite éliminée. Qu’est-ce qui a manqué au Gabon pour réussir à sortir du groupe, et de faire un bon tournoi dans son pays?

La réussite. On a eu des occasions, mais il y avait un manque de réussite. Il y avait une pression importante aussi, sachant qu’en-dehors du football, il y avait les élections au Gabon, et que le pays était agité. Il y avait également un désordre auprès de la population. Il y avait certains supporters qu’étaient contre le fait que la CAN se joue, tandis que certains voulaient que le Gabon fasse quelque-chose pendant la CAN pour faire oublier un peu tout ce qui se passait au niveau politique.

Il y avait un désordre qui n’était pas accueillant pour les joueurs, sachant que c’est à eux de gérer toute cette pression. Ils ont fait le maximum qu’ils ont pu faire. Il y a aussi eu un nouveau coach qui est arrivé pendant cette CAN, qui ne connaissait peut-être pas tout les joueurs. Ça fait partie de plusieurs éléments qui font que le groupe n’a pas pu être à 100% du jour au lendemain. Ça demande du temps, qu’on connaisse les joueurs, qu’ils se connaissent les uns les autres. Il y avait aussi des jeunes joueurs qui géraient la CAN pour la première fois.

Mis à part la situation politique et la CAN reçue à la dernière minute, vous vous retrouvez moins souvent également. Ce n’est pas seulement la qualité intrinsèque des joueurs qui est importante, il y a pleins de facteurs, et le long terme est vraiment est important.

Le long terme est important, mais tout le monde est aussi stressé les uns que les autres. Ça représente beaucoup d’exigence et de pression pour les joueurs, mais on ne voit que les acteurs sur le terrain. Ce sont eux qui véhiculent tout ce qui passe autour et en-dehors du terrain, malgré les qualités intrinsèques. Il y a énormément de joueurs de qualités moyennes qui arrivent à faire des grands exploits, comme Montpellier par exemple. Ils avaient des bons joueurs, mais ils représentaient surtout les valeurs de club. À l’inverse, il y a des grands joueurs, qui n’arrivent pas à se libérer de toute la pression qu’ils ont, et sont parfois paralysés du stress.

Est-ce que vous voyez le Gabon réussir à la prochaine CAN? Une coupe du monde en vue, même si vous êtes dans le même groupe que le Maroc ou la Côte d’Ivoire ?

Oui je pense qu’on peut réussir à la prochaine CAN, sachant qu’on a la meilleure génération de joueurs du Gabon avec des grands joueurs de qualité qui évoluent dans de grands clubs et qui sont reconnus. On a tous les ingrédients pour réussir, mais il faut avoir un bon temps ensemble, travailler ensemble régulièrement et à long terme. On vient de changer de coach et il y a eu les problèmes politiques. La CAN est arrivée très soudainement, donc pour les joueurs qui ont beaucoup de pression sur eux, ça fait énormément. On parle du poids d’une nation sur ses épaules. Ce n’est pas le même poids que de jouer dans un club où t’es seulement de passage ; la sélection et les origines sont à vie.

Et bien sûr qu’il y a une coupe du monde en vue, sinon on ne serait pas là ! Le Gabon n’a jamais été à la coupe du monde, mais c’est l’objectif pour tout le monde. Même si tout le monde n’était pas pour la CAN, tout le monde est pour la coupe du monde ! Là, ça dépasse tout ce qui est politique. Ça serait un échec de ne pas y être.

Le continent africain est devenu de plus en plus compétitif, et la formation en Afrique est également meilleure.

Les meilleurs formateurs viennent en Afrique maintenant pour former les jeunes. Un jeune africain ne coute pas aussi cher qu’un européen formé que l’on peut vendre avec une valeur marchande extraordinaire après. Tout est une question de finance et d’investissement et de rapporter de l’argent, et ce n’est pas difficile de comprendre ça. On met les moyens pour améliorer les jeunes.

Est-ce que vous avez des objectifs personnels ou collectifs avec la sélection? Est-ce que vous avez des ambitions personnelles avec Reims avant la fin de la saison ? L’envie de retrouver la ligue 1 ou du temps de jeu?

Je suis dans une situation compliquée où je ne suis pas au club. Je n’ai pas eu accès au club par rapport à ma rééducation, et c’est pour ça que je n’ai pas été à la CAN. J’aurais dû être prêt pour la CAN. Je me suis fait opéré en Juillet à Barcelone et je suis arrivé au club le 1 Décembre, mais le club n’a pas fait mes soins parce que je suis en fin de contrat. Donc justement, pourvoir rejouer avec Reims exigerait au club de me payer, alors que ce n’est pas dans leurs intérêts, et c’est pour ça qu’on m’a refusé ma rééducation. Donc je me débrouille, et j’essaye de revenir bien. Je sais que c’est difficile, mais je suis seul à ma charge.

C’est une blessure importante (au ménisque, ndlr), mais je suis pas le premier et je ne serai pas le dernier. C’est quelque chose qui est faisable, mais je n’ai pas eu le soutien de mon club, qui n’a pas fait la démarche pour que je me fasse opérer. Et au retour, j’ai été surpris pas l’intérêt financier du club, vu que j’ai quand même sacrifié 7 mois de Janvier 2016 à Juillet 2016 pour aider le club à se maintenir, malgré le fait que j’avais déjà très mal. Mais ça fait partie des sacrifices de mes valeurs : de donner aux autres. Le club n’a jamais rien pu me donner et au contraire m’a pris énormément. Je suis toujours sous contrat avec Reims, et j’appartient toujours au Stade de Reims, mais je ne travaille plus avec eux par leurs intérêts.

Ça fait partie de l’apprentissage ; savoir que des hommes ne sont pas que là pour te donner, même si à un moment, tu te dis que t’es un joueur majeur et que t’es le meilleur. Mais voilà. Dès que ta santé ne va plus aussi bien et que t’es plus là pour leurs intérêts, le monde change et t’apprends. Je tire une bonne leçon de tout ça. Malgré la situation dans laquelle on m’a mis, j’apprends de tout ça. Je trouve que j’ai une belle histoire, justement parce-que je n’ai rien lâché. Et même si les gens peuvent faire du mal envers moi, ça ne changera pas ma façon d’être. Je ne serai jamais quelqu’un de méchant ou de hautain. Je ne changerai jamais pour ce qui se passe autour de moi.

Il est important que je parle car c’est seulement maintenant que je m’exprime un peu plus aux supporters. Que ce soit pour le Gabon ou les autres clubs par lesquels je suis passé. On ne me voit plus vraiment sur les terrains. Donc, sachant que j’étais de retour de Barcelone en Décembre, et que je devais reprendre en janvier, les gens étaient au courant que j’allais reprendre bientôt.

Le fait de ne me pas voir sur les terrains et que je sois un joueur qui ne fait pas trop de bruits ou de communiqués a fait poser des questions. Le club, dans leur confort, n’a pas fait de communiqué sur mon état de santé qui n’était pas dans leurs intérêts. Ils ont joué dessus pour gagner du temps, et aujourd’hui, je commence à expliquer un peu plus sur ce qui se passe par rapport à ma santé, pour que les gens sachent que je me bats pour revenir, et pas pour dénigrer le club, car ça peut porter préjudice.

Il y a des lois à respecter et des choses à ne pas dire. Ça se fait en justice, et “sous table” on va dire. Mais sinon, je veux juste que les supporters sachent que je me bats pour bien revenir comme je l’étais, pour vivre, prendre du plaisir et en donner aussi. C’est une situation compliquée mais si on ne fait pas le forcing pour que ça continue dans ton sens, autant arrêter. Ça fait partie de la force d’un joueur qui se bat. Ça fait partie d’une montagne que je dois monter et redescendre doucement quand je serai bien, mais si je ne me bats pas pour arriver jusqu’en haut, je ne vais rien faire!

Actuellement, à quoi ressemble votre relation avec Reims?

Je tiens à préciser que j’ai tissé des liens forts avec les membres du Stade de Reims. Je m’entends très bien avec tout le monde que ce soit du côté administratif, staff sportif, médical, joueurs, supporters et sans oublier ceux qui sont là pour notre confort en passant par les femmes de ménages.

Ce n’est juste qu’une tête qui décide et le reste suit, ce qui est normal. Tous ont des familles, une stabilité et des responsabilités d’employés. Ça ne veut pas dire qu’ils cautionnent ce qu’il se passe. Je finirai par les remercier de m’avoir soutenu malgré tout, naturellement parce que je sais faire la distinction de chaque tache au niveau hiérarchique d’une entreprise.

Vous êtes un footballeur qui a pu se diversifier en trouvant un projet intéressant sur le côté. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de votre association et de votre expérience dans le milieu associatif ? Vous êtes le fondateur de Phil & Tropy qui cherche à ramasser des fonds pour financer des projets de solidarité. Qu’est-ce qui vous a donné envie de de créer Phil & Tropy ?

J’ai toujours donné, sans rien demander en retour. Voir des gens bien me rends bien tout simplement. Par exemple, les supporters ne savent pas nécessairement qu’en leur donnant un maillot, on les paie. Je donne énormément à chaque fois, et je promets toujours des maillots. Je les donne et je les paie de ma poche, mais le plaisir que j’ai en les donnant me rend aussi heureux qu’eux.

Le fait de pouvoir être proche et d’avoir une association auprès des jeunes démunis et pas forcément auprès de ceux qui ont un quotidien « normal » est important pour moi. Des jeunes qui ont des familles compliquées, qui sont dans la rue, qui sont battus par leurs parents, violés etc. Je veux pouvoir les rendre heureux pendant des moments où nous les oublions, par exemple à Noel, où chacun fête avec sa famille.

Mon association consiste à faire que quand on achète un produit, on fait un don, sans être conscient. Tout ce qui est ramassé part directement aux associations, pour aider les jeunes à aller à l’école, se récupérer des plats ou pleins d’autres choses. J’investis dedans, mais je ne gagne rien en fait. Je suis là pour rendre ce qu’on m’a donné. J’ai la chance d’être footballeur, et j’ai la chance de gagner ma vie correctement. Rendre heureux les gens me rends heureux.

Quel a été le plus gros défi en créant ce projet ?

Il faut savoir comment ça fonctionne. Il faut travailler avec des gens qu’on connait aussi pour que ça tienne au long terme. Sinon, le seul truc c’est que je l’ai fait en 2015 (l’année d’inauguration), et que j’ai eu ma blessure à ce moment là. Donc ça m’a freiné un peu, et ça a freiné la continuité des choses.

J’avais des nouveaux produits à mettre pour les gens, et je l’ai mis sur “stand-by”, à cause de l’opération et de la rééducation. Je me suis concentré à 200% dessus, et le peu qui me resté, je ne pouvais plus vraiment me diverger de ça. J’ai toujours un œil dessus, et ça tourne tout seul de toute façon, mais pour les nouveautés, j’attends que je me remette pour continuer et retourner dans des pays pendant les fêtes pour faire plaisir aux enfants comme je l’ai fait au Gabon, où j’ai ramené 300-400 cadeaux pours les enfants. J’ai aussi ramené des artistes, et pleins de trucs cools que j’ai dû mettre sur “stand-by” forcément.

On a l’impression que vous êtes très impliqué et passionné par ce projet, mais que vous êtes surtout très épanoui. Y-a-t-il une finalité avec Phil & Tropy ? Ou cherches-tu à continuer d’aider les autres comme tu sais le faire, voire aider les autres à prendre conscience des causes qui concernent le monde, pour que ces gens puissent aider davantage?

Que ça prenne de l’ampleur, et que les gens continuent à se faire plaisir en faisant plaisir aux autres, sans nécessairement le savoir. J’ai la chance d’être footballeur, donc avoir un réseau avec des gens qui me suivent ou des amis est important. Je ne suis pas né avant tout le monde, et je sais que des gens ont eu des projets similaires avant, et après moi, y en aura encore, mais il est question de la personne. Moi je suis différent de quelqu’un à côté de moi qui dirait que je fais tout pour moi. C’est gens là, tu ne les changes pas et tu ne les critiques pas, mais c’est juste leur façon d’être.

Y.H.

 

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