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Exclusif | Yacouba Sylla: “Seul le terrain fera que mes objectifs soient atteints.”

Les matches à élimination directe de la CAN 2019 ont commencé, avec tout d’abord la défaite surprise du Maroc au tirs-au-buts face au Bénin. Après une semaine chargée, marquée par son transfert chez les champions de Roumanie du CFR Cluj, l’ancien capitaine du Mali Yacouba Sylla partage ses impressions avec GFFN. Cette semaine, nous abordons notamment le sujet des entraineurs étrangers.

On a fini les poules avec des grosses affiches et maintenant le tableau a l’air assez alléchant, non ?

C’est clair, notamment avec un Mali – Côte d’Ivoire, un derby d’Afrique de l’Ouest. Ça fait plusieurs années que le Mali n’a pas battu la Côte d’Ivoire et crois-moi que si le Mali gagne, ça sera un exploit. Ça serait même plus grand que de gagner la Coupe d’Afrique. Sérieusement, le ressenti est comme ça au pays. Ils peuvent rentrer au Mali en héros.

Une des grandes surprises c’est Madagascar : quel exploit !

Avec la nouvelle formule ça donne plus de chances aux pays de se qualifier, parce y a plus d’opportunités. Mais s’ils sont là aujourd’hui, c’est qu’ils l’ont mérité, c’est clair, net et précis. Aujourd’hui, toutes les équipes Africaines ont des joueurs respectables dans des bons championnats, c’est plus comme avant. On va en trouver un ou deux qui jouent dans des clubs bizarres ou sont au chômage, sinon aujourd’hui c’est totalement une compétition respectable.

Mais de là à finir premiers de la poule, en battant le Nigeria…

Oui… Ils ont mis la clim sur le Nigeria, c’est quand même costaud. C’est pas à négliger.

Et inversement, c’est un peu inquiétant pour le Nigeria non ?

Tu sais ce qui se passe ? C’est les équipes qui vont être dégueulasse pendant cette Coupe d’Afrique qui seront en finale et qui vont la gagner. Le Bénin, qui n’a pas gagné un match, est en quart de finale. C’est comme le Portugal quand ils ont gagné l’Euro.

Le Nigeria, c’est une des nombreuses équipes avec un entraîneur étranger, Gernot Rohr. Quelle part de responsabilité a-t-il part rapport aux difficultés que le Nigeria a eu ?

Moi je dis, avec le recul que j’ai : le Nigeria est une équipe qui a besoin de renouveler. Ils tournent avec le même noyau depuis à peu prés quatre ans, et ils ont besoin de renouveler un peu, injecter de nouveaux joueurs. Avec tout le respect que j’ai pour John Obi Mikel, quand tu vois qu’il est encore présent avec plein d’autres anciens… Tu dois avoir la motivation de changer les joueurs. Je comprends d’un côté, ça fait un certain temps qu’ils sont en sélection, ils ont beaucoup gagné. Mais à un moment donné il peut y avoir un peu de lassitude. Quand les autres équipes progressent mais que pour toi ça devient routine, à un moment tu cales.

Quand un entraineur étranger prend les rênes d’une équipe nationale, il ne connaît pas forcément les joueurs du championnat local ou dans d’autres championnats moins côtés. Quels efforts fournit-il pour trouver ces nouveaux joueurs ?

Déjà, ça dépend de la compétence de l’entraineur. La fédération aussi à son rôle à jouer, quand elle engage l’entraineur. Il faut lui imposer une charte de travail par rapport au pays. Sinon il va peut-être se contenter de faire ce qu’on lui dit. Aujourd’hui, si tu regardes le travail d’un sélectionneur dans les pays européens, y a un travail d’observation, avec trois-quatre matches par weekend, à droite à gauche. Il y a des collaborateurs, ça discute avec les coaches, c’est un travail approfondi. Ce n’est pas seulement préparer un rassemblement, c’est un travail pour préparer un noyau, c’est un travail pour avoir un groupe sur lequel on peut s’appuyer, et avoir quelques alternatives. Connaitre un peu plus les joueurs, et leur profil. D’un autre côté, il y a des entraineurs, avec tout le respect que j’ai pour eux, qu’il faut changer. Sans langue de bois, faut changer, le football évolue.

Tu penses que certains entraineurs ont des passe-droits basés sur leur expérience, leur réputation ?

Non, c’est pas une question de passe-droits. Clairement, à un moment donné chaque personne doit évoluer dans sa manière de travailler. Pour ça il faut être honnête et avoir un projet au sein de cette sélection. Et si on laisse la personne sans lui imposer une ligne de travail, c’est fort possible que la personne se heurte à des contraintes. On ne peut pas avoir la même philosophie avec des nations différentes, parce que les origines sont différentes, le charactère est différent, les pays est différent. Le mot-clé s’est l’adaptation. Faut se familiariser avec le pays, les coutumes. Tu peux pas venir, par exemple, d’Espagne, et dire « Je vais faire comme en Espagne ». Ça va pas marcher. Faut s’adapter aux joueurs, pas les caresser dans le bon sens du poil, mais s’adapter. Une fois que leur confiance est gagnée, tu peux imposer ta philosophie. Mais il faut qu’ils suivent, sinon le coach est perdant.

Mais du côté de la fédération, s’ils font venir un entraineur étranger, n’est-ce pas pour apporter quelque chose de nouveau ?

Oui, à chaque changement tu espères qu’il va y avoir une nouveauté avec, une fraicheur pour re-booster le projet ou repartir sur de nouvelles bases. C’est normal. Je pense ce qui compte quand un nouveau sélectionneur arrive, ce n’est pas une question de nom ou de clubs par lesquels tu es passé mais une question d’intelligence. C’est à toi de t’adapter à ton groupe. Le coach de l’Ouganda (Sébastien Desabre), il a mis une philosophie en place, tu vois comment ils jouent et ils déroulent leur jeu. C’est une équipe belle à voir jouer. Pourtant, c’est un coach qui a tourné en Côte d’Ivoire, et dans d’autre championnats Africains. Mais il sait s’adapter, imposer sa philosophie. Après, tu as des coaches locaux comme le « général » Aliou Cissé (Sénégal). Cissé, il va plus se faire respecter par rapport à sa carrière qu’il a eu en Europe et son passé de joueur capé. Après, il y a le coach de la RDC (Florent Ibengué), qui lui a son idée africaine. Avec ses connaissances, ça a marché à un moment donné mais maintenant ça coince un peu. En fait, ça dépend. Un coach européen, automatiquement il va apporter une certaine expérience, et une rigueur que les autres n’ont pas.

Tu parles d’expérience, mais dans les cas de Desabre, Nicolas Dupuis (Madagascar), ou Sébastien Migné (Kenya), ils ont peu entrainé en Europe, ou alors à des échelons bas. L’expérience n’est pas forcément un critère.

Si on parle d’expérience, on va parler de Claude le Roy. Il a fait la pluie et le beau temps dans beaucoup de sélections (notamment le Sénégal, le Cameroun, le Ghana…), c’est un globetrotter de l’Afrique. En ce moment c’est peut-être un peu plus difficile. En Ouganda ou au Kenya, c’est des coachs qui ne sont pas forcément connu mais il faut respecter leur travail. Ils ont porté leurs équipes à un certain niveau. Il faut leur laisser le temps de travailler et respecter leur travail.

Dans le cas de Le Roy on pourrait dire qu’il en a fait une carrière d’être sélectionneur en Afrique.

Il aime ça, il faut respecter. Pour certains c’est dans le cadre d’une sélection qu’ils arrivent à mieux s’exprimer. Hervé Renard a fait l’essai en club (Sochaux, Lille), il a vu qu’il était mieux en sélection. Chacun a son plan de carrière, c’est comme les joueurs. Certains veulent rester en Europe, d’autres sont ouverts à changer tout le temps. Ça dépend des ambitions, de ce qui se présente à toi.

Comment tu expliques le succès que Renard a pu avoir en tant que sélectionneur ?

C’est un meneur d’hommes. Il a ramené un nouveau style. Il a bossé, parce que le fait de finir champion avec la Zambie, c’est pas aléatoire. Même avec la Côte d’Ivoire, ça faisait un certain temps qu’ils n’avaient pas gagné la CAN. Il est tombé face au Bénin, c’est la vie, c’est le football. Mais il mérite son succès, il sait fédérer autour de lui.

Comme souvent, il y a beaucoup de coaches français à cette CAN, et pas seulement chez des pays francophones, comme on l’a vu avec le Kenya et l’Ouganda. Pourquoi sont-ils si nombreux ?

Généralement les fédérations estiment que ces coaches-là sont plus expérimentés vu leur passé en Europe. La meilleure formation, coach et joueur, est en Europe, faut pas se le cacher. Après, c’est que des préjugés. Il y a des coaches africains qui ont du talent mais à qui on ne laisse pas leur chance.

Il y a un autre exemple intéressant avec le Cameroun, dirigé par Clarence Seedorf et Patrick Kluivert, qui ne sont pas très expérimentés. Que penses-tu de leur pari ?

On verra à la fin. C’est à la fin du bal qu’on paye les musiciens. C’étaient des très grands joueurs qui ont marqué l’histoire du football, je leur souhaite du succès mais c’est à la fin qu’on fera le constat.

Toi-même tu as joué pour le Mali sous Patrice Carteron (2013), Henryk Kasperzcak (2013-15), et Alain Giersse (2015-17). Quelle touche personnelle ont-ils chacun apportés ?

Carteron, c’était le premier à me sélectionner, après il est parti au TP Mazembe, j’ai pas eu le temps de le connaitre réellement. Après, Kasperzcak m’a d’emblée fait confiance et il a apporté sa vision : c’est un coach qui se base sur le pressing, etc. Giresse, c’est quelqu’un qui connaissait très bien le Mali parce qu’il y était en 2012, après il a voulu revenir et ça s’est mal passé avec les dirigeants. Il ne méritait pas ça, c’est quelqu’un d’honnête. Aujourd’hui, ça se voit : la Tunisie lui a donné le travail, lui a fait confiance. Il a apporté une certaine stabilité au Mali, mais après, les fédérations font ce qu’elles veulent…

La Tunisie de Giresse a eu du mal en poule, avec 3 matches nul. On peut espérer quoi face au Ghana ?

C’est une nation qui doit gagner, c’est tout. Le résultat pourrait être autre, mais ça serait une déception, un échec.

Pour finir, tu viens de compléter ton transfert à Cluj. Tu vas jouer pour Dan Petrescu, l’ancien de Chelsea. Vous avez échangé ? Son projet te plaît ?

C’est un coach qui sait ce qu’il veut, il n’a rien à prouver. C’est quelqu’un de franc, qui aime gagner et qui en a eu l’habitude. C’est un travailler, et je vais découvrir ça au fur et à mesure.

C’est quoi ton objectif avec ton nouveau club ?

Je ne parle jamais d’objectifs. Seul le terrain fera que mes objectifs soient atteints. Le fait de parler avant ça sert à rien.

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